23 septembre 2009

Copé invente «une triple peine» pour les accidentés du travail

Fallait s'y attendre. En annonçant la fiscalisation prochaine des indemnités versées aux salariés victimes d'un accident de travail, le patron des députés UMP Jean-François Copé s'est attiré les foudres de l'opposition.

Dans un entretien publié aujourd'hui dans le journal Les Echos, Jean-François Copé déclare avoir obtenu l'accord de Bercy pour fiscaliser, à compter de 2010, les indemnités journalières versées par la Sécu aux salariés victimes d'accidents du travail. «C'est un revenu qu'il s'agit de soumettre à l'impôt. Cela n'a rien de choquant. C'est de la coproduction budgétaire et cela rapportera environ 150 millions d'euros».

La polémique n'est pas nouvelle. La mesure avait été inscrite dans le projet de budget Sécu pour 2008 avant d'être retirée in extremis face au torrent de protestations. Remontée à bloc, la Fnath, association d'accidentés de la vie, parle «d'une nouvelle atteinte aux droits des victimes».

«Un triomphalisme indécent»

Le chef des députés PS Jean-Marc Ayrault, s'insurge contre «le triomphalisme indécent» de son homologue UMP. «Il n'y a plus de mots assez forts pour dénoncer l'indécence de cette coproduction gouvernement/majorité qui demande aux pauvres, aux malades et aux accidentés de payer pour les plus riches», lance-t-il, rappelant que le forfait hospitalier devrait aussi augmenter.

Aurélie Filippetti, députée PS de Moselle, est également montée au créneau, parlant d'«une triple peine». «J'invite Jean-François Copé à venir en Moselle rencontrer des accidentés du travail de la pétrochimie, de la sidérurgie ou des mines. Il vérifiera que ceux-ci n'ont pas le même profil que les exilés fiscaux.»

Pour François Bayrou, le président du Modem, «on vise toujours ce qui est faible, on ne s’attaque jamais à ce qui est fort. (...) Quand est accidenté du travail, on n’est généralement pas privilégié». «Pour les forts, il y a bouclier fiscal, parachute, ceinture, bretelles», a poursuivi le député des Pyrénées-atlantiques. «C’est une idéologie qui est celle de la protection des plus puissants».

Remontée aussi, Pascale Coton, la secrétaire générale adjointe de la CFTC. «Ce qui nous choque, c'est qu'on puisse songer à une telle mesure quand on sait que quelqu'un qui est victime d'un accident du travail touche entre 60 et 70% seulement de son salaire. C'est extrêmement choquant», a t-elle déclaré à l'AFP. Et de faire valoir au passage que les accidents du travail engendrent «souvent tout un aménagement de vie, qui coûte très cher» aux victimes, par exemple celles qui ne peuvent plus se déplacer «qu'en fauteuil roulant».

Copé s'abrite derrière Fillon
Face aux critiques, Jean-François Copé a cherché l'appui de François Fillon. «Le Premier ministre a très largement approuvé l'initiative que nous avons prise avec les députés UMP (...) Non seulement il a donné un avis favorable mais il a rendu hommage au travail des parlementaires en me regardant droit dans les yeux. Pour quelqu'un qui est censé me tacler, vous voyez, c'est plutôt amical», a-t-il ajouté en allusion à la petite passe d'armes Fillon-Copé la veille en réunion du groupe UMP à l'Assemblée nationale.

«Aujourd'hui, quand vous êtes une femme enceinte et que vous allez en congé maternité, lorsque vous êtes malade et en arrêt de travail, lorsque vous êtes au chômage... vous payez des impôts. Et lorsque vous avez un accident du travail, vous ne payez pas d'impôts!», a rappelé Jean-François Copé.

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